Services publics : un rapport préconise une sous-traitance généralisée au profit du privé

1
Réaliser « jusqu’à 25 milliards d’euros d’économies pour les dépenses publiques » : c’est la proposition « choc » d’un rapport de « contribution au grand débat national » remis le 27 mars, au ministre de l’Action et des comptes publics, Gérard Darmanin.

 

Ce rapport, rédigé par Olivier Duha, PDG de l’entreprise Webhelp spécialisée dans la relation client, et avec le soutien d’un cabinet de lobbying, soulève d’importantes interrogations sur l’avenir de la fonction publique. Pour réaliser ces mirifiques économies, il y est proposé d’explorer « une piste majeure » et « sous-exploitée » : une « externalisation » généralisée des services publics. Autrement dit, la sous-traitance à des entreprises privées de missions jusqu’ici accomplies dans les ministères et les administrations qui en dépendent.

Il ne s’agit plus seulement de la privatisation de la fourniture de services publics locaux comme l’approvisionnement en eau, la collecte et le recyclage des déchets, ou la restauration dans les cantines scolaires, telle qu’on la connaît depuis des décennies en France. Le projet vise à confier au secteur privé des tâches administratives de base jusqu’ici réservées aux agents publics, notamment ce qui concerne le lien aux usagers, ainsi que certaines activités jugées annexes comme le gardiennage ou le nettoyage.

À qui profitera la sous-traitance ? :

Dans le contexte du mouvement des Gilets jaunes et du Grand débat national, la proposition pourrait séduire : des services publics moins coûteux, mais autant – voire plus – efficaces, que demander de plus ? Les auteurs du rapport promettent des économies mirobolantes, pas moins de 25 milliards d’euros peut-être, grâce aux vertus de la « concurrence ». En réalité, ce type de marché est fortement oligopolistique, c’est-à-dire dominé par un petit nombre de firmes en position de force dans leurs négociations avec l’État. Les économies annoncées n’ont qu’une seule origine : la réduction drastique du nombre d’emplois concernés, et des salaires plus bas que ceux des fonctionnaires. Pas sûr que cela contribue à améliorer la qualité du service rendu.

La France ne manque pas de « champions » dans le secteur des services informatiques et de la sous-traitance qui pourraient profiter à plein de ces nouveaux marchés : des groupes issus du secteur des cantines scolaires qui se sont ensuite diversifiées comme Sodexo ou Elior, des firmes de services informatiques comme Atos ou Sopra Steria, ou encore des spécialistes des centres d’appel comme Teleperformance ou… Webhelp, la société que dirige le rédacteur du rapport.

Au Royaume-Uni, des externalisations catastrophiques :

Autrement dit, ce rapport prônant l’externalisation a été rédigé par le dirigeant d’une entreprise appelée à profiter directement de cette même externalisation. Pour rédiger son rapport, Olivier Duha s’est assuré le soutien du cabinet de lobbying Altermind, fondé par l’homme d’affaires et publiciste libéral Mathieu Laine, réputé proche d’Emmanuel Macron. Selon le Canard enchaîné, il s’était vanté en 2017 d’avoir convaincu ce dernier de mettre en oeuvre rapidement la suppression de l’ISF.

Cette politique d’externalisation des services publics a déjà été appliquée à grande échelle dans un pays : la Grande-Bretagne. De nombreuses firmes françaises comme Atos ou Sodexo en ont largement profité, qu’il s’agisse de gestion des aides sociales, de prison et de services de probation, ou d’autres tâches administratives. Mais cette politique de sous-traitance tous azimuts au secteur privé s’est accompagnée de nombreux scandales, en matière d’exclusion des plus vulnérables, de gestion chaotique de prison privatisée, d’accompagnement problématique des demandeurs d’asile (voir aussi l’analyse du politologue britannique Colin Crouch). Dans de nombreux cas, les contrats de sous-traitance se sont révélés plus coûteux à l’usage pour les finances publiques.

 

Quand le gouvernement se fait dicter sa politique par les lobbies :

Reste à voir dans quelle mesure le gouvernement donnera suite aux propositions du rapport. Il y a cependant de quoi être troublé : le gouvernement demande directement aux entreprises et à leurs lobbys de lui suggérer sa politique sur les dossiers mêmes dont elles cherchent à profiter. Une démarche dans la droite ligne du comité « Action publique 2022 » mis en place par le gouvernement actuel pour réfléchir à la transformation de l’État, et qui accorde une large place à des consultants, entrepreneurs et avocats d’affaires susceptibles de profiter de son démantèlement.

Il y a quelques semaines, le Défenseur des droits Jacques Toubon mettait en garde dans son rapport d’activité 2018 sur les conséquences humaines des politiques de privatisation. Il déplorait ainsi « l’évanescence croissante des services publics », entre dématérialisation et privatisation, et ses effets « sur les personnes pour lesquelles ils constituent souvent le principal recours ». Sur ce point comme sur d’autres, on peut craindre qu’il ne soit pas entendu.

Source : https://www.bastamag.net/Services-publics-un-rapport-preconise-une-sous-traitance-generalisee-au-profit et https://www.webhelp.com/fr-fr/actualites-et-idees/actualites/externalisation-services-publics-webhelp-rapport-gouvernement/


Si l’article vous a plu, n’hésitez pas à vous abonner à nos Réseaux Sociaux / NewsLetter et à partager l’article. Et si vous vous sentez guidé, soutenir le site par un don ou par Tipeee. Merci beaucoup.

S'abonner à la Newsletter ExoPortail

Saisissez votre adresse e-mail pour vous abonner et recevoir une notification de chaque nouvel article par email.

Rejoignez les 6 110 autres abonnés

Partager l'article :

1 Commentaire

  1. Oui, et je te le donne en mille = ainsi seront exclus les dissidents politiques, leurs enfants, qui ne pourront plus bouffer à la cantine par ex… Etc, etc…

    Et à partir du moment où : « Nous sommes fin 2014. Le sérieux et influent Peterson Institute de Washington publie un rapport préconisant, pour une meilleure administration du pillage spéculatif de la zone « France », des modifications constitutionnelles en vue de limiter les pouvoirs du président de la république, voire à supprimer complètement la fonction élyséenne. La proposition, incongrue auprès d’un peuple majoritairement attaché à la constitution de 1958, passe à l’époque relativement inaperçue. Mais certains exécutants du programme néoconservateur pour l’Europe ont quant à eux bien reçu le message. Ils disposent alors de deux ans et demi pour façonner le candidat mandchou idéal.

    Le jeune et fringuant ministre de l’économie d’à l’époque se distingue par l’audace avec laquelle il s’attache à démanteler le code du travail tout en bradant outre-Atlantique les fleurons de notre industrie. Nanti du soutien de milliardaires et magnats de la presse à l’instar de Xavier Niel ou Patrick Drahi, des banques Rothschild et Morgan Stanley, de la French American Foundation et des réseaux Obama-Clinton, le poulain de la finance et ses commanditaires réussissent le hold-up du siècle. En faisant opportunément écarter d’autres candidats potentiels, ils réitèrent le coup de 2002 du front républicain contre l’extrémisme, et parviennent ainsi à placer à l’Élysée la personnalité la plus ouvertement hostile aux Français. »

    C’est dans ce texte ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2019/02/07/inversion-de-zenon-5-fevrier-2019/

    Combien de fois, avec l’auteur de ce texte, nous en avons parlés…
    Macron exécute le Plan, y zont choisi le meilleur pour cela.
    C’est s’il devait mettre en péril l’exécution du Plan qu’il se fera tèje !
    Il y croit pas, mais rien d’autre ne compte pour les psychopathes aux manettes que notre esclavage = RIEN d’autre…

    JBL

Donnez votre Avis :)

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.