«Ecopla»: ce pacte secret qui liait François Ruffin et Emmanuel Macron afin de mettre en scène leur rivalité

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Dans un enregistrement datant de septembre 2016, les futurs candidats à la présidentielle et aux législatives, qui se sont récemment affrontés sur le dossier Whirlpool, se mettent d’accord sur une stratégie de communication sur l’entreprise Ecopla, menacée de fermeture.

 

François Ruffin et Emmanuel Macron se sont-ils livrés à jeu de rôles pendant la présidentielle? Un enregistrement sauvage datant du 12 septembre 2016 permet de le soupçonner. François Ruffin, actuel député LFI de la Somme, est alors connu comme patron de Fakir et auteur du très populaire documentaire Merci Patron. Il pense déjà à se présenter aux législatives de 2017. L’actuel chef de l’État n’est pas encore officiellement candidat à la présidentielle mais il vient de quitter Bercy, et structure son mouvement.

François Ruffin et Emmanuel Macron échangent au sein du QG du presque candidat En Marche, dans la tour Montparnasse, à Paris. Avec sa verve habituelle, le patron de Fakir est alors engagé dans la défense des salariés de l’entreprise Ecopla, fabriquant des barquettes en aluminium, menacée de fermeture. Une vingtaine d’entre eux étaient venus de l’Isère pour défendre leur dossier auprès de divers candidats. Emmanuel Macron, avec son équipe, reçoit François Ruffin. Lui aussi est entouré de son équipe de Fakir, et de quelques représentants syndicaux d’Ecopla. Publié dans une certaine confidentialité en octobre 2016 par radio Nova, l’enregistrement a été exhumé mardi par l’avocat Juan Branco, proche des «gilets jaunes» et auteur de Crépuscule (Au diable Vauvert). Un témoin de la scène a confirmé au Figaro son authenticité.

 

«On sort d’ici en étant pas contents» :

Le patron de Fakir s’adresse au futur candidat en lui proposant de «réfléchir stratégie». Ruffin suggère que Macron soit «vivement et publiquement interpellé par les salariés d’Ecopla» lors d’un «premier épisode», puis que Macron en réponse, leur propose de se rendre sur place pour un «un deuxième épisode». «Ok», lui répond Macron avec naturel, résumant l’échange et proposant de «caler une date de déplacement» et de la communiquer «ensemble». «Et je pense qu’on sort d’ici en étant pas contents», ajoute le futur député de la Somme. «Oui», lui répond le futur chef de l’État.

Le soir même, à 19h, lors d’une rencontre avec les jeunes de son mouvement dans un bar du Sentier à Paris, une dizaine de salariés d’Ecopla s’invitent par surprise et interpellent l’ex-ministre de l’Économie. Ruffin est présent. Macron, devant les jeunes, les salariés et la presse reconnaît «une erreur». «Ne pas avoir vu que le sujet pouvait basculer aussi vite en liquidation, ça, c’est mon erreur», dit-il. «Ma responsabilité, c’est d’aller jusqu’au bout». Quelques jours plus tard, Emmanuel Macron se rendra sur le site de la société à Saint-Vincent de Mercuze (Isère). En vain.

La fin de l’histoire sera amère pour les salariés. En mars 2017, ils abandonnent leur intention de reprendre cette entreprise et en mai de l’année suivante, le conseil des Prud’hommes de Grenoble condamne la société Nicholl Food Packaging (NFP), ex-maison-mère d’Ecopla, et son liquidateur judiciaire, à 1,2 million d’euros de dommages-intérêts pour licenciements abusifs.

 

Ruffin et Macron se sont retrouvés face à face dans le dossier Whirlpool :

François Ruffin de son côté, se retrouvera face à Emmanuel Macron en avril 2017 à Amiens lors d’une séquence très médiatique auprès des salariés de Whirlpool. Une séquence dont l’écho s’est fait entendre le 22 novembre dernier. Lors d’un déplacement à Amiens du chef de l’État, le député de la Somme s’est fait à nouveau le porte-parole des ex-salariés, haussant la voix contre le chef de l’État qui les prendrait «pour des cons, une deuxième fois». Ruffin a vigoureusement demandé à Macron de reconnaître avoir «merdé» dans ce dossier. «On sait que je ne suis pas subtilOk, je le sais, je suis un gros bourrin, ce n’est pas grave», s’est emporté Ruffin au cours de la conversation, demandant seulement que l’on ne remette pas en cause sa «sincérité».

Interrogé par Le Figaro, François Ruffin rappelle aujourd’hui le contexte de l’épisode Ecopla: «Nous avons squatté son QG de campagne à la Tour Montparnasse. S’en est suivie une discussion entre les salariés, Fakir et Macron pour sortir le combat des Ecopla de l’ornière. Dès le soir-même, à la surprise générale, de son staff, d’Emmanuel Macron lui-même, les salariés l’ont interpellé à la sortie d’un meeting, à Paris. Le but, pour nous, ici, n’était pas d’enfoncer Emmanuel Macron mais d’aider les salariés dans leur bataille».

«Je n’ai pas envie de me cacher sur ce truc-là. Je n’ai pas honte, indique le patron de Fakirau Figaro. J’étais dans un combat pour sauver des salariés d’une boîte située au fin fond de l’Isère. J’avais une carte Macron à jouer, je l’ai jouée. Et j’ai d’ailleurs joué d’autres cartes avec d’autres candidats à la présidentielle au même moment».

François Ruffin et Emmanuel Macron ont tous les deux grandi à Amiens et fréquenté la même école privée de La Providence, tenue par les jésuites. ( 3 ans d’écart d’âge ) L’un et l’autre ont fait campagne sur la nécessité de mettre fin à certaines pratiques politiques. Or ce type d’entente, de stratégie froide, dont témoigne l’enregistrement, est une vieille pratique du monde syndical et politique.

 

Source : https://www.lefigaro.fr/politique/quand-ruffin-et-macron-se-partageaient-les-roles-sur-un-dossier-social-sensible-20191126


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