Opération des hémorroïdes : techniques, déroulement et convalescence

  • Pour qui : crises qui reviennent malgré un traitement médical bien suivi, saignements répétés, hémorroïdes internes sorties en permanence ou thrombose très douloureuse.
  • Techniques principales : hémorroïdectomie (Milligan-Morgan), anopexie agrafée de Longo, ligature artérielle guidée par Doppler (THD, HAL), laser, embolisation.
  • Hospitalisation : le plus souvent en ambulatoire, avec sortie le jour même.
  • Préalable indispensable : un examen proctologique, et parfois une coloscopie pour écarter une autre cause de saignement.

Une opération hémorroïdes n’arrive presque jamais en premier. Le chirurgien la propose quand les crises se répètent malgré la correction du transit et les traitements locaux, quand le saignement devient gênant ou anémiant, ou quand les hémorroïdes internes descendent hors de l’anus sans remonter seules. Selon le stade, il peut retirer les paquets hémorroïdaires, les remonter par agrafage ou couper leur apport sanguin avec des gestes moins agressifs. Le séjour est généralement court, mais la convalescence se prépare : douleur des premiers jours, première selle, soins locaux et reprise du travail à organiser.

Dans quels cas l’opération des hémorroïdes devient la bonne option

Les hémorroïdes sont des coussinets vasculaires normaux du canal anal. On parle de maladie hémorroïdaire lorsqu’elles se dilatent, s’enflamment, saignent ou glissent vers l’extérieur. Le phénomène est courant : des données hospitalières luxembourgeoises indiquent qu’environ 20 % des hommes et des femmes ont des troubles hémorroïdaires avant 50 ans. La majorité de ces personnes ne passera pourtant jamais par le bloc opératoire.

La prise en charge suit en effet une progression. Lors d’une séance de l’Académie nationale de chirurgie relayée en juin 2025, une chirurgienne proctologue rappelait qu’avant toute décision d’opérer, on commence par un traitement médical centré sur la correction du transit, en particulier de la constipation, et sur l’apprentissage de bonnes habitudes aux toilettes. Viennent ensuite, si besoin, des gestes réalisés en consultation : ligature élastique, photocoagulation infrarouge ou sclérothérapie.

Les médecins classent souvent les hémorroïdes internes en quatre stades, du simple saignement sans extériorisation (stade I) au prolapsus permanent qu’on ne peut plus réintégrer (stade IV). La chirurgie concerne surtout les situations suivantes :

  • prolapsus de stade III ou IV, qui sort à chaque effort ou reste dehors ;
  • saignements persistants après échec des traitements instrumentaux ;
  • crises douloureuses très fréquentes qui altèrent la vie quotidienne ;
  • association d’hémorroïdes internes et externes volumineuses ;
  • thrombose hémorroïdaire externe très douloureuse, traitée parfois par une simple incision ou excision sous anesthésie locale.

Un point mérite d’être souligné : le sang rouge dans les selles n’est pas toujours d’origine hémorroïdaire. Polype, fissure, maladie inflammatoire ou Cancer du côlon peuvent aussi faire saigner. C’est la raison pour laquelle le proctologue peut demander une coloscopie avant de programmer l’intervention, selon l’âge, les antécédents familiaux et l’aspect des symptômes.

Techniques d’opération des hémorroïdes : comparatif des méthodes

Il n’existe pas une seule opération, mais une famille d’interventions. Certaines retirent le tissu malade, d’autres le repositionnent ou le privent de sang. Le tableau ci-dessous donne des repères généraux, que seul le chirurgien peut adapter à votre cas.

Technique Principe Indications habituelles Points à connaître
Hémorroïdectomie (Milligan-Morgan, Ferguson) Ablation des paquets hémorroïdaires Prolapsus important, composante externe marquée, récidives Méthode de référence la plus ancienne, suites souvent les plus douloureuses, plaies à cicatriser
Anopexie circulaire agrafée (Longo) Retrait d’une bande de muqueuse au-dessus des hémorroïdes puis agrafage circulaire Prolapsus interne circulaire Remonte le plexus et réduit son apport sanguin, sans traiter les hémorroïdes externes
Ligature artérielle sous Doppler (THD, HAL) Repérage des artérioles par sonde Doppler, ligature, puis remontée de la muqueuse si besoin Hémorroïdes internes qui saignent, prolapsus modéré Conserve les tissus, suites généralement plus légères, récidive possible
Laser (diode) Énergie délivrée dans l’hémorroïde pour la rétracter Hémorroïdes internes de stade modéré Réalisé en ambulatoire, recul encore limité selon les centres
Embolisation des artères hémorroïdaires Obstruction des artères par un cathéter introduit par voie vasculaire Saignements d’hémorroïdes internes Réalisée par un radiologue interventionnel, efficacité à long terme encore en évaluation

L’anopexie de Longo illustre bien la prudence nécessaire face aux nouveautés. Lors de son introduction, elle était présentée comme capable de remplacer la chirurgie d’exérèse classique. Une décennie plus tard, plusieurs méta-analyses d’essais randomisés l’ont comparée à l’hémorroïdectomie conventionnelle, et elle est restée une option parmi d’autres plutôt qu’un standard universel.

En pratique, le choix repose sur le stade des hémorroïdes, la présence d’une composante externe, les éventuelles opérations antérieures, l’état du sphincter et vos priorités : limiter la douleur, réduire le risque de récidive ou reprendre vite une activité. Demander au chirurgien pourquoi il retient une méthode plutôt qu’une autre est parfaitement légitime.

Comment se déroule une opération des hémorroïdes

Le parcours varie d’un établissement à l’autre, mais les grandes étapes se ressemblent :

  1. Consultation de proctologie : interrogatoire, examen de la marge anale et anuscopie pour préciser le stade et éliminer une fissure ou une fistule associée.
  2. Consultation d’anesthésie : au moins quelques jours avant, pour choisir entre anesthésie générale, rachianesthésie ou anesthésie locale renforcée, et faire le point sur les médicaments.
  3. Préparation : un petit lavement est parfois prescrit, ainsi qu’une consigne de jeûne. Un anticoagulant ou un antiagrégant ne s’interrompt que sur indication médicale.
  4. Jour de l’intervention : le geste lui-même est assez bref ; la majeure partie du temps passé à l’hôpital correspond à l’accueil, à l’anesthésie et à la surveillance.
  5. Sortie : vous repartez avec une ordonnance d’antalgiques, de laxatifs doux et de soins locaux, ainsi qu’un numéro à joindre en cas de souci.
  6. Contrôle : une consultation de suivi vérifie la cicatrisation quelques semaines plus tard.

Prévoyez d’être raccompagné et de ne pas rester seul la première nuit si vous sortez le jour même. Pensez aussi à préparer vos questions : technique retenue et raison de ce choix, durée prévisible de la gêne, conduite à tenir en cas de saignement, date envisagée pour reprendre le travail.

Douleur et convalescence après une chirurgie des hémorroïdes

La douleur dépend largement de la méthode. Après une hémorroïdectomie classique, les plaies se situent dans une zone très innervée et sollicitée à chaque passage aux toilettes ; les premiers jours sont souvent difficiles, puis l’inconfort diminue progressivement au fil de la cicatrisation. Les techniques de ligature, le laser ou l’embolisation entraînent en général des suites plus supportables, sans être pour autant indolores : une sensation de pesanteur ou de besoin pressant d’aller à la selle est fréquente.

La première selle concentre beaucoup d’appréhension. Les laxatifs prescrits servent justement à garder des selles molles pour éviter de pousser. Les bains de siège à l’eau tiède, une hydratation suffisante, une alimentation riche en fibres et la prise régulière des antalgiques, sans attendre que la douleur soit forte, facilitent nettement cette période. De petits saignements au moment des selles sont habituels pendant la cicatrisation.

La durée de l’arrêt de travail n’est pas fixe. Elle varie selon la technique, la pénibilité du poste et la position assise prolongée qu’il impose ; un emploi de bureau se reprend souvent plus tôt qu’un métier physique. C’est un point à fixer avec le chirurgien avant l’opération, afin d’anticiper son organisation.

Certains signes justifient de recontacter l’équipe sans attendre le rendez-vous de contrôle :

  • fièvre ou frissons ;
  • impossibilité d’uriner dans les heures qui suivent la sortie ;
  • saignement abondant ou présence de gros caillots ;
  • douleur qui augmente au lieu de s’atténuer, ou gonflement dur et chaud de la région anale ;
  • absence de selles pendant plusieurs jours malgré les laxatifs.

Mollet gonflé et douloureux d’un seul côté, essoufflement soudain ou douleur thoracique n’ont pas de lien direct avec la plaie, mais peuvent signaler une phlébite ou une embolie après une période d’immobilité : ces symptômes demandent un avis médical urgent.

Chirurgie hémorroïdaire en 2026 : où en sont les approches mini-invasives

La tendance de fond est claire : la technologie pousse la proctologie vers des gestes moins traumatisants. Lors de la séance de l’Académie nationale de chirurgie évoquée plus haut, l’idée était que l’ensemble des approches chirurgicales évolue désormais vers le mini-invasif.

L’embolisation des artères hémorroïdaires en est un exemple. Elle consiste à boucher, par voie endovasculaire, les petites artères qui alimentent les hémorroïdes internes. Un essai clinique américain baptisé HELIOS, mené à l’université de Californie à Los Angeles et dont la fiche a été mise à jour le 30 janvier 2026, cherche à mesurer l’efficacité dans la durée et la sécurité de ce geste. Les résultats de ce type d’étude permettront de mieux situer l’embolisation par rapport à la chirurgie.

Le laser à diode se diffuse lui aussi, notamment en Espagne où certains hôpitaux le proposent en ambulatoire et le présentent comme peu douloureux. Ces arguments viennent souvent des établissements eux-mêmes : ils ne remplacent pas des comparaisons rigoureuses. Mini-invasif ne veut pas dire adapté à tout le monde. Un prolapsus volumineux ou une composante externe importante relève encore fréquemment d’une exérèse, et une technique douce mal indiquée expose davantage à la récidive.

Les pièges à éviter autour d’une cure d’hémorroïdes

Une bonne partie des mauvaises expériences tient moins au geste qu’à la façon dont il est préparé ou suivi. Voici les écueils les plus répandus :

  • Choisir sa technique sur la foi d’un forum : un récit isolé ne dit rien de votre stade ni de votre anatomie.
  • Se laisser séduire par une promesse « sans douleur » : aucune méthode ne garantit des suites totalement indolores.
  • Retenir ses selles par peur d’avoir mal : la constipation qui s’installe rend la première selle plus pénible encore.
  • Interrompre seul un traitement anticoagulant : la décision revient au médecin prescripteur et à l’anesthésiste.
  • Appliquer n’importe quelle crème sur la plaie : seuls les soins prescrits sont adaptés à une zone opérée.
  • Reprendre ses anciennes habitudes : sans correction durable du transit, de nouvelles hémorroïdes peuvent apparaître.

Autre réflexe utile : ne pas mettre toute grosseur de la marge anale sur le compte des hémorroïdes. Une lésion qui change d’aspect, saigne ou devient sensible doit être examinée, où qu’elle se trouve sur le corps, comme l’explique aussi notre article Grain de beauté qui fait mal comme un bouton. Mieux vaut un examen de trop qu’un diagnostic retardé.

Combien de temps dure une opération des hémorroïdes ?

Le geste chirurgical est généralement court. La journée à l’hôpital est surtout occupée par l’accueil, l’anesthésie et la surveillance au réveil, avant une sortie le plus souvent le jour même.

Est-on endormi pendant la chirurgie des hémorroïdes ?

Pas forcément. Selon la technique et votre état de santé, l’anesthésiste propose une anesthésie générale, une rachianesthésie qui endort le bas du corps, ou une anesthésie locale associée à une sédation.

Les hémorroïdes peuvent-elles réapparaître après l’intervention ?

Oui, une récidive reste possible, plus ou moins selon la méthode employée. Les techniques qui conservent les tissus y exposent davantage que l’ablation, et un transit mal équilibré favorise le retour des symptômes.

Quelle méthode chirurgicale est la moins douloureuse pour les hémorroïdes ?

Les ligatures sous Doppler, le laser et l’embolisation donnent en général des suites plus légères que l’hémorroïdectomie. Elles ne conviennent toutefois pas à tous les stades : le chirurgien met en balance confort et efficacité.

Peut-on être opérée des hémorroïdes pendant une grossesse ?

La chirurgie est en principe évitée pendant la grossesse, car les poussées s’atténuent souvent après l’accouchement. Une thrombose très douloureuse peut cependant justifier un geste local : la décision se prend avec la sage-femme, l’obstétricien et le proctologue.

Sarah
Sarah
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